Microélectronique: une grande exportatrice...méconnue

Le Centre de recherche en microélectronique de l'Université de Sherbrooke dans le Technoparc de Bromont.

La tendance est claire: depuis le début du millénaire, les entreprises québécoises délaissent progressivement les États-Unis pour se tourner vers d'autres marchés internationaux. Cette semaine, nous faisons le point sur l'industrie de la microélectronique.

Si le père Noël déposera bientôt sous votre sapin une console de jeu PlayStation, XBox ou Nintendo, il vous aura laissé un produit québécois.

Du moins, c'est vrai en partie.

C'est que les trois grands commerçants de systèmes de divertissement misent sur une seule et même usine pour fabriquer les puces qui composent leurs consoles: l'usine d'assemblage de circuits intégrés d'IBM à Bromont.

«Les puces des consoles des grands fabricants sont toutes assemblées ici, explique Pierre Fafard, conseilleur en microélectronique au ministère des Finances et de l'Économie (MFE). La puce est faite dans la fonderie de Fishkill, dans l'État de New York, puis est envoyée ici à Bromont pour être assemblée.»

Les installations d'IBM en Montérégie constituent d'ailleurs le coeur de l'industrie de la microélectronique du Québec. À elle seule, l'usine emploie environ 2500 travailleurs, soit une bonne part des 8000 que compte l'industrie au Québec.

Bromont abrite aussi l'entreprise Teledyne DALSA, un fabricant de microsystèmes électromécaniques (MEMS). Ces semi-conducteurs, qui allient composantes électroniques et mécaniques, sont les pièces qui permettent aux coussins gonflables des voitures de se déployer, ou qui confère à votre téléphone intelligent ses fonctions gyroscopiques.

Comme pour IBM, Teledyne DALSA est avant tout un exportateur. «Leurs clients sont à 99% à l'extérieur du Québec», précise M. Fafard. C'est même vrai pour l'ensemble des entreprises qui composent cette industrie. Selon le MFE, 90% des 3 milliards de dollars générés par la microélectronique proviennent de l'étranger.

L'industrie travaille dans l'ombre des grands manufacturiers de biens de consommation. La centaine de grandes entreprises et de PME qui la composent sont celles qui se chargeront de la conception et de l'assemblage de pièces, mais pas de la commercialisation de produits finis, souligne Pierre Fafard. «L'industrie est difficile à décrire pour cette raison, dit-il. Quand on parle d'aéronautique, tout le monde sait de quoi on parle, mais quand on parle de micro, c'est plus nébuleux.»

Exportations québécoises de circuits intégrés

Les produits de la microélectronique (circuits imprimés et intégrés, semi-conducteurs, assemblages de circuits imprimés) arrivent au cinquième rang des produits les plus exportés par le Québec, tout juste devant le papier journal. En 2012, on en exportait pour 1,1 milliard, soit 65% des exportations canadiennes pour ces produits. Une fois intégrées à des appareils électroniques au sud de la frontière, une grande partie de ces pièces sont indirectement réexportées à travers le monde.

(1) États-Unis : 1 096

(2) Union européenne : 21

(3) Hong Kong (Chine) : 4

(4) Russie : 3

(5) Singapour : 2

En millions de dollars, en 2012.
Source : Industrie Canada

La recherche en appui

Le Québec assemble peu à peu un véritable écosystème de la microélectronique et ajoute à sa centaine d'entreprises des expertises en recherche, tant au niveau universitaire que collégial.

Son fer de lance loge à quelques pas des installations d'IBM et de Teledyne DALSA à Bromont et porte le nom de Centre de Collaboration MiQro Innovation (C2MI). Fondé en 2009, ce centre de recherche collabore déjà avec l'industrie et compte sur 15 partenariats, dont 6 avec des entreprises québécoises, selon Pierre Fafard, conseilleur en microélectronique au ministère des Finances et de l'Économie. «Le rêve, c'est d'en avoir de 50 à 100», ajoute-t-il en mentionnant qu'un centre de recherche comparable, l'Albany Nanotech Institute, mise aujourd'hui sur 250 partenaires.

À ce centre de recherche avancée s'ajoutent les universités ainsi que le Centre d'innovation en microélectronique du Québec (CIMEQ), situé à Sainte-Thérèse. Ce centre collégial soutient les entreprises à la recherche d'une expertise en microélectronique. «On fait surtout affaire avec la PME», souligne à cet effet François Verdy Goyette, directeur du CIMEQ et instigateur de la table de concertation québécoise du secteur de la microélectronique.

Selon lui, les possibilités de croissance de l'industrie de la microélectronique au Québec sont à prendre au sérieux. Non seulement commence-t-on à voir revenir dans ce secteur des emplois qui étaient partis en Asie, mais le Québec, par sa situation géographique, devrait continuer de profiter de sa proximité d'Albany pour développer son industrie.

«L'industrie là-bas vient d'investir environ 11 milliards de dollars, dit-il. Si on travaille bien, on pourrait faire comme l'Ontario a fait pour l'industrie automobile et attirer des entreprises du secteur ici.»

Le corridor «nord-est»

Les entreprises québécoises de microélectronique font partie du «corridor nord-est» de l'industrie, un regroupement d'entreprises qui emploient environ 33 000 travailleurs spécialisés, dont plus de 4000 proviennent de la Montérégie. L'épicentre du corridor se situe à Albany, dans l'État de New York.

Entreprises/Centres de recherche de l'industrie

Albany : Advanced Micro Devices/Albany Nanotech, International Sematech

Bromont : IBM, Teledyne DALSA/C2MI

Fishkill : IBM, Hitachi, Motorola, Nikon, Toshiba, Sony, Philips

Poughkeepsie : IBM

Saratoga : GlobalFoundries

Banlieue de New York : Lenovo, Hitachi

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